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La Rue

réalisation Jean-François Santoni
chorégraphie Jean-Claude Gallotta
interprètes Mathilde Altaraz, Annabelle Bonnéry, Jean-Pierre Bonomo, Karoline Boureau, Ana Caetano, Darrell Davis, Jean-Claude Gallotta, Makram Hamdan, Lysiane Magnet, William Patinot, Yarmo Pentilla, Thierry Verger, Béatrice Warrand

La rue est faite de pas et de regards croisés, d'emballements, de repentirs, de piétinements, de paroles happées aussitôt emportées, d'airs entendus aux étages, d'informations saisies au vol, tout un foisonnement de sens entremêlés qui déroulent chaque jour un étonnant « cadavre exquis », perpétuellement réinventé.
C'est dans ce concert improvisé, aux harmonies cachées, que depuis ses débuts Jean-Claude Gallotta puise son inspiration. C'est de ce marché aux couleurs, aux voix et aux gestes qu'il tire de quoi agencer le mouvement de ses spectacles. C'est cette agitation brouillonne de la rue qu'il a osé troubler par ses premières esquisses. C'est en dialogue direct avec les gesticulations aléatoires de la cité qu'il a articulé dès le début des années 80 ses premières phrases dansées, qu'il a mis en place de nouveaux moments rythmés, plus tard appelés chorégraphies.
Ensuite, le temps est venu de travailler intra-muros, dans le studio de répétition, dans la salle de spectacles. Ce n'était pas un repli, ni un renoncement. Le studio n'a pas eu pour fonction de protéger cette danse naissante de la rue. Il a eu au contraire pour rôle de faire entrer la rue entre les murs, d'en inscrire un morceau, presque tel quel, nu, dans le plan de la maison du spectacle. Et c'est le bâtiment qui dut s'habituer à abriter en son centre un grand espace vide, une agora venue défier, par sa vacuité même, la bonne organisation des mètres carrés utiles. De cette irruption du dehors, la Maison de la Culture de Grenoble porte aujourd'hui la trace : six fenêtres percées à l'est en 1987, qui violent les miroirs du studio par le reflet sans fond de la rue, du ciel et du jour. C'est ainsi, sans aucun sas de transposition, que Jean-Claude Gallotta a importé ses premiers danseurs, tels des « ready made » de la rue projetés sans autre forme d'apprentissage sur le parquet du studio de répétition aussi brut que du macadam.
Aujourd'hui, en réponse à la demande du Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Jean-Claude Gallotta propose une sorte d'« event », qu'il appelle « proposition », un montage de séquences à partir d'éléments inédits ou expérimentaux de ses précédentes chorégraphies (La Tête contre les Fleurs, Docteur Labus, Prémonitions, Rue de Palanka, Ulysse) auxquels il a fait subir transformations et déformations. Avec toujours cette même préoccupation d'« hydrater » l'imaginaire chorégraphique de ses grandes compositions scéniques par les mille petites bulles de réel que propose la rue.
Pour déployer cette proposition, le Summum de Grenoble, figure de la cité moderne, temple des musiques la nuit, vaste halle à l'éclairage cruel le jour, offre ses grands espaces. Jean-Claude Gallotta propose là une expérience de chorégraphie-vérité, c'est-à-dire un spectacle qui n'aura jamais été aussi proche de sa façon de travailler en répétition : pas de décor sinon des éclats et des épaves de rue, des costumes empruntés à qui passe (retournés-détournés bien entendu par Jean-Yves Langlais), des musiques mélangées qui rappellent à la fois la manière hip hop et sa propre pratique de répétition où, depuis toujours, il compose le rythme de son spectacle à partir de bouts de musiques empruntées à tous les styles sans exclusives (de MC Solaar à Brian Eno, du rap à Gabriel Fauré, de Francis Poulenc à Léo Ferré, des musiques de films aux sons de la ville).
La Rue aura alors cette particularité de faire saisir, comme aucun de ses spectacles auparavant, en quoi et comment Jean-Claude Gallotta nourrit sa danse du réel. « Il faut travailler, dit-il, avec ce que l'on porte réellement en soi (...), avec une énergie égale à l'appétit que nous donne la saveur du monde. »
Claude-Henri Buffard - novembre 1996

 

Générique
réalisation Jean-François Santoni
chorégraphie Jean-Claude Gallotta
Interprètes Mathilde Altaraz, Annabelle Bonnéry, Jean-Pierre Bonomo, Karoline Boureau, Ana Caetano, Darrell Davis, Jean-Claude Gallotta, Makram Hamdan, Lysiane Magnet, William Patinot, Yarmo Pentilla, Thierry Verger, Béatrice Warrand
conception de la bande sonore Jean-Claude Gallotta et Antoine Strippoli
costumes Jean-Yves Langlais
lumières Sylvain Fabry
production Mille Image

durée 75 min

dernière mise à jour octobre 2014

Gallotta, Jean-Claude

Après un séjour à New York à la fin des années 70 où il découvre l'univers de la post-modern Dance (Merce Cunningham, Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown, Steve Paxton, Stuart Sherman...), Jean-Claude Gallotta fonde à Grenoble – avec Mathilde Altaraz – le Groupe Émile Dubois qui deviendra Centre chorégraphique national en 1984. Installé depuis ses débuts à la Maison de la culture (dont il sera le directeur de 1986 à 1989), il y crée plus de soixante chorégraphies présentées sur tous les continents, dont Ulysse, Mammame, Docteur Labus, Presque Don Quichotte, les Larmes de Marco Polo, 99 duos, Trois générations, Cher Ulysse...


Il a également chorégraphié plusieurs pièces pour le Ballet de l'Opéra de Lyon et pour le Ballet de l'Opéra de Paris. Invité par le metteur en scène Tadashi Suzuki à Shizuoka (Japon), il y a créé et fait travailler une compagnie japonaise de 1997 à 2000. Après l'Homme à tête de chou (à partir de l'album de Serge Gainsbourg dans une version d'Alain Bashung) en 2009, il crée en 2011 Daphnis é Chloé (Théâtre de la Ville) et le Sacre du printemps (Théâtre national de Chaillot) ; fin 2012, il présente Racheter la mort des gestes - Chroniques chorégraphiques 1 au Théâtre de la Ville, puis à la MC2 ; début 2013, la recréation d'Yvan Vaffan cherchant ainsi patiemment à partager avec le public un même récit, celui d'une histoire et d'un avenir artistique communs.

En octobre 2013, il co-signe le spectacle l'Histoire du soldat de Stravinsky et l'Amour sorcier de Manuel de Falla avec le chef d'orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Jacques Osinski. En 14-15, il présente le Sacre et ses révolutions à la Philharmonie de Parie et en juin, crée l'Étranger à partir du roman d'Albert Camus à la MC2 : Grenoble.

Il ouvre la saison 2015-2016 avec My Rock à la MC2 : Grenoble, puis au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

 

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