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Choreographer

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Corpus

1999 - Réalisateur-rice : Lee, Aldo

Chorégraphe(s) : Diverrès, Catherine (France)

Déposé par Centre national de la danse

Producteur : Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne

Durée : 07:32

en fr

Corpus

1999 - Réalisateur-rice : Lee, Aldo

Chorégraphe(s) : Diverrès, Catherine (France)

Déposé par Centre national de la danse

Producteur : Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne

Durée : 07:32

en fr

Corpus

Corpus, pièce pour huit danseurs et un comédien, est créée en 1999. Deux ans auparavant, Catherine Diverrès fait une lecture décisive, celle du Corpus de Jean-Luc Nancy [1], texte dont elle se saisit dans un premier temps pour expérimenter différentes pistes avec des comédiens. Finalement elle décide d'inclure ce texte à un projet chorégraphique, « (pour) le rythme de cette langue autant que (pour) le sens. » [2] Notamment, au regard de l'écriture de Nancy, elle souhaite explorer les corps selon leurs lieux, leurs reliefs et leurs poids, bien au-delà de leurs seuls signifiants.

Dans cette perspective, Catherine Diverrès demande en préalable aux danseurs d'effectuer une recherche personnelle anthropologique, afin de pouvoir ancrer le processus chorégraphique à partir d'éléments extérieurs au studio, et donc, d'extrapoler l'intime comme l'universalité du corps en labeur. L'idée est d'ensuite exposer en commun les résultats d'investigation lors des premières séances de travail. « (Les danseurs) ont enquêté sur le monde du travail, interviewé, filmé : un gardien de phare, un coiffeur, une prostituée, une sage-femme. Ils se sont penchés sur l'origine du tango, l'anthropophagie au Brésil, les rituels africains de passage, le chamanisme, l'usage des drogues. » [3] A partir de ce matériau vivace, épars, accidenté – corpus anthropologique, de fait, devenu empirique - elle entame un vaste chantier qui va produire un véritable objet kaléidoscopique.

« (…) Comprendre, un peu mieux comprendre, en remontant des couches de notre histoire vers le présent, ce qui se meut aujourd'hui, ce qui déplace, ce qui traverse. Comprendre ce qui au contraire est exsangue, ce qui fait obstacle, ce qui interrompt le mouvement, le vivant.

Eprouver le silence (de l'humilité) des corps qui passent les mots, les signes, les gestes transmis de ceux d'avant, de ceux à côté, et de cela même, inscrit en soi, lointain, présent. (…) » [4]

Corpus, la pièce, se signale d'abord par une prise en charge de situations sociales ou intimes portées par des corps : un homme se rase puis s'essuie, une femme en robe blanche d'apparat est ballotée entre deux hommes sur un bruit de trains, une autre retape son chignon avant de s'épousseter, … Divers moments s'installent, graves ou futiles, en succession ou simultanément, avec leurs cortèges d'arrivées et de départs et de sensibilités éprouvées, parfois exacerbées.

«  Corpus : il faudrait pouvoir seulement collecter et réciter un par un les corps, pas même leurs noms (ce ne serait pas exactement un mémorial), mais leurs lieux. » [5]

De temps en temps, le corps se fait cri, par le biais de fulgurantes déclarations tel que : « émigration !», « blanchiment de la race !», « expulser le mal !», où l'on entend l'urgence d'une interrogation quant aux dehors du corps et ses processus d'exclusion. A cet endroit précis, passe l'ombre d'un corps communautaire. Le corps est ici sommé, en quelque sorte, de se reconnaître dans l'implicite et l'intemporel de sa propre diaspora. Fatalement, de là naissent des atmosphères inquiétées qui ne s'apaisent pas toujours. Tension dans les corps, exacerbation des gestes, éparpillement des corps et des gestes : dans Corpus, les recours extrêmes sont nombreux et parlants, produisant en graduation un sentiment d'épuisement des ressources humaines. A ce titre, la force de la figure de groupe, dans la pièce, est prégnante : l'on pense aux moments d'unisson, ou encore à la formation puis l'éclatement d'une ronde, qui évoquent autant l'universalité que l'intimité des corps entre eux. Aussi est-on puissamment renvoyé, dans l'affaissement collectif des corps comme dans les secousses de leurs poses victorieuses, tour à tour au singulier ou au grégaire.

Et puis, il y a la présence du comédien Erik Gerken, portant magistralement par bribes le texte de Jean-Luc Nancy, auquel s'ajoute L'infini turbulent d'Henri Michaux [6]. Cécile Loyer, vêtue de blanc, adossée au mur, évolue en appui au texte, induisant par là une multiplicité de rapports corps/mur corps/texte corps/lumière – être dans sa nuit, être la nuit du corps, en être le matin, et puis, en incarner méticuleusement les matières, l'air, la terre, les liquides, les particules abrasives…Et tout à coup l'air prend d'autorité les corps et leurs espaces. Des courses, des sauts comme des jaillissements ; une intranquillité joyeuse, gestuelle grisée de l'élan, du balancement, du rebond et, dans la dispersion atomique, s'opère une irrépressible jouissance des corps. Alors, par la magie de la précipitation d'un corps vers un autre, une accélération merveilleuse se produit : l'on se sent soudain naturellement inclus dans ce corpus de moelleux, de gras et de tendre de danse, tandis que la joie évidente qu'ont les corps à danser éclate bien au-delà du plateau.

Et c'est là, sans doute, que réside la grande force de Corpus, dans sa faculté quasiment exhaustive à rassembler autant qu'à faire exploser tout ce dont le corps recèle, depuis ses grands ordonnancements jusqu'à ses possibles fouillis.

« Je crois que la question aujourd'hui, c'est bien la question du corps, de l'espace entre les corps, de leur poids dans un monde aussi virtualisé. » [7]

« Corpus est une des pièces les plus concrètes que j'ai faites. Il y a beaucoup de relief, on traverse des corps très différents, mais très réels, très concrets. » [8]


Alice GERVAIS-RAGU


[1] Jean-Luc Nancy, Corpus, Ed. Métailié, 1992
[2] Irène Filiberti, « Affinités électives » in Catherine Diverrès, Mémoires passantes, p. 70, Ed. Centre national de la danse, 2010
[3] Ibid, p. 72
[4] Catherine Diverrès à propos de Corpus, note d'intention, 1999
[5] Jean-Luc Nancy, extrait de son ouvrage Corpus, Ed. Métailié, 1992. Le Corpus de C. Diverrès s'appuie en partie sur ce texte, dont il va jusqu'à emprunter le titre.
[6] Henri Michaux, L'infini turbulent, Ed. Gallimard, 1957
[7] Catherine Diverrès à propos de Corpus, entretien avec Eric Prévert, La griffe, janvier1999
[8] Ibid.


RÉCEPTION CRITIQUE


« (...) [C]e long travail d'étrangeté, de déplacement, que la chorégraphe propose encore ici aux danseurs (et à notre regard), précipite la danse quand elle éclate dans une diffraction de l'espace et du temps que l'œil, l'ouïe, les sentiments, la pensée du spectateur ne savent plus nommer. »

Philippe Brzezanski, Journal du Théâtre de la Ville, janvier-février 1999, n° 125, p. 17

« Cette déclinaison des corps en excès donne lieu à de somptueuses danses. Corps et voix inscrivent délires et quotidien, texte et chorégraphie dans de savantes variations depuis le noir du plus sombre effroi décrit dans L'infini turbulent du poète Henri Michaux jusqu'à l'analyse non moins poétique du philosophe Jean-Luc Nancy développé dans l'un de ses livres, Corpus, qui donne son nom à la pièce de Catherine Diverrès. »

Irène Filiberti, programme du Théâtre de la Ville, 9-13 février 1999

« Il faut se laisser porter, surtout ne pas résister. Corpus parle des états extrêmes du corps, du vide qui succède aux trop fortes tensions. »

Dominique Frétard,« Ni morts ni vifs, les corps en cavale de Catherine Diverrès »,  Le Monde, janvier 1999

« Il y a profusion de matière dans Corpus, un spectacle qui porte bien son titre car il est pensé comme un recueil de pensées, de réflexions, de gestes… (…) Corpus agit comme un poison, un parfum entêtant, mais aussi, notamment avec la grande tirade sur le corps marchandise et le capitalisme, comme un discours politique. »

Marie-Christine Vernay, « Corpus entêtant », Libération, 12 février 1999


dernière mise à jour : mars 2014

Diverrès, Catherine

Catherine Diverrès naît en Gironde en 1959, et passe une enfance entre France et Afrique. Dès l'âge de 5 ans, elle se forme à la danse classique auprès de Sylvie Tarraube, puis de Suzanne Oussov, selon la technique Vaganova. Dans le milieu des années 1970 elle aborde les techniques américaines (Limon, Graham, Cunningham, Nikolais), et entre en 1977 à Mudra Béjart.

Elle danse un temps pour les Ballets Félix Blaska (1978) puis pour la compagnie Nourkil – danse-théâtre et pour Elinor Ambasch (1979) avec Bernardo Montet. En 1980 ils intègrent la compagnie de Dominique Bagouet à Montpellier, notamment pour les pièces Grand Corridor et Toboggan. A la suite d'une série d'ateliers, Catherine Diverrès conçoit Une main de sable, création pour cinq danseurs pensée depuis un travail en commun autour des thèmes d'origine et de territoire, qui sera présentée au festival de Montpellier en juillet 1981.

En 1982, Elle s’installe à paris avec Bernardo Montet. Advient la préfiguration de ce qui deviendra le Studio DM, avec la création d'un solo de Catherine Diverrès, Consumer, puis l'obtention d'une bourse d'étude du Ministère de la Culture, leur permettant de se rendre à Kamihoshikawa (Japon) suivre une formation de six mois auprès du maître de butô Kasuo Ohno.

La première pièce officielle du Studio DM, Instance, est créée par Catherine et Bernardo Montet en 1983 à Tokyo, et la légende veut qu'elle laissa « muet le maître du butô en personne. » Elle est suivie du Rêve d'Helen Keller en 1984, conçue par Catherine Diverrès seule, et primée lors du Concours de Bagnolet. Sept autres pièces voient le jour entre 1985 et 1994, faisant l'objet de différentes collaborations. De cette première période de création, on note que Catherine Diverrès continue à danser dans chacune de ses pièces. A ses côtés, Bernardo Montet se pose également comme un collaborateur et interprète d'exception : « Deux danseurs hors pair : elle, lointaine, intouchée, lui, massif et virtuose à la fois, tous deux réunis dans une même façon de ployer le corps et de passer avec aisance de la lenteur la plus suspendue à la brutalité la plus vive » (Chantal Aubry).

Le studio DM – où désormais chacun des deux chorégraphes signe ses propres pièces - acquiert progressivement une reconnaissance critique, publique et institutionnelle : les spectacles font la une des festivals les plus prestigieux d'Europe (Avignon, Montpellier, SIGMA à Bordeaux, Sringdance à Utrecht, Glashuset à Stockholm, Festwoch à Berlin…), et sont montés grâce à différentes coproductions (CAC d'Orléans, Théâtre de la Ville, Quartz de brest, CNDC d'Angers, …).

En 1994, Catherine Diverrès et Bernardo Montet sont nommés codirecteurs du Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, que Catherine Diverrès continuera à diriger seule à compter de 1998. Ce qui, peut-être, détermine le plus pertinemment cette période tient probablement à l'incursion de textes poétiques ou philosophiques dans les créations. Si l'incursion de textes n'est certes pas nouvelle dans les œuvres de Catherine Diverrès, du moins prend-elle, dans ces années-là, un tour essentiel dans les enjeux, artistiques comme de réflexion, portés par la chorégraphe. Il paraît nécessaire de souligner l'importance de la pratique de l'écriture chez Catherine Diverrès. Les archives des documents artistiques de la chorégraphe montrent assez l'ampleur et la qualité de son implication dans les éditoriaux des Lettres du CCNRB comme dans les dossiers de création : toutes les notes d'intention des pièces, exclusivement rédigées par elle, témoignent d'une grande exigence et d'une rare clarté de pensée. 

L'année 2008 est marquée par le retour au statut de compagnie indépendante, que Catherine Diverrès nomme Association d'octobre. La première pièce créée après le départ du CCNRB, Encor (2010), est une commande de la Biennale de danse de Lyon dont c'est alors la dernière édition pour son fondateur Guy Darmet. C'est d'ailleurs ce dernier qui lui suggérera ce titre, telle une pirouette actée et symbolique à leurs départs respectifs. 

En 2012 est créé le solo O Senseï, dansé par Catherine Diverrès. Il s'agit d'une commande du CDC-Les Hivernales, que la chorégraphe conçoit en hommage à Kasuo Ohno, mort en 2010. Ce solo constitue actuellement la seule pièce dansée par Catherine Diverrès. La dernière pièce à ce jour date de 2013 : Penthesilée, créée au Théâtre Anne de Bretagne, renoue avec le format de pièce de groupe, en réunissant sur scène une équipe de neuf danseurs. 


Source :  Alice Gervais-Ragu 

Lee, Aldo

Aldo Lee suit une formation à l'université du Witwatersand (Afrique de Sud) où il est reçu au Bachelor of Art, mention très bien en 1989. En 1995, il participe à l'International Vidéo Workshop for Dance (Glasgow). Il débute dans la fiction avec "Sacrifice" (drame, 30 mn) grâce auquel il reçoit le prix du meilleur court-métrage au festival du cinéma Sud Africain. Il réalise de nombreux documentaires et reçoit les prix de meilleur documentaire avec "La double vie de Dona Ermelinda" (52 mn) au festival Vues d'Afrique, Montréal en 1995 ; et en 1999, avec "Fermiers Blancs, Terre Noire" (52 mn) au festival Of the Dhow Countries, Tanzanie.
Il collabore avec les artistes Rainer Ganahl, Boris Achour, Yann Kopp, et notamment les chorégraphes Hervé Robbe, Jérôme Bel, Rachid Ouramdane... Pour l'association edna, il coréalise "Horace-Benedict" en 2001 avec Dimitri Chamblas et collabore avec Boris Charmatz pour son film "Une lente introduction" (2007). Parallèlement, il travaille régulièrement comme cadreur et réalisateur sur différents projets diffusés sur Arte, France 3 (Striptease) ou Channel Four.

Corpus

Chorégraphie : Catherine Diverrès

Interprétation : Comédien Érik Gerken - Danseurs Alessandro Bernardeschi, Fabrice Dasse, Catherine Diverrès, Carole Gomes, Osman Kassen Khelili, Nam-Jin Kim, Isabelle Kürzi, Fabrice Lambert, Cécile Loyer

Scénographie : Laurent Peduzzi

Texte : Extraits de "L'infini turbulent" d'Henri Michaux, Mercure de France, 1964 ; extraits de "Corpus" de Jean-Luc Nancy, Éditions Métailié, 1992.

Musique originale : Denis Gambiez

Lumières : Marie-Christine Soma assistée de Pierre Gaillardot

Costumes : Cidalia da Costa

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