Un peu de tendresse bordel de merde ! – Dave Saint-Pierre
Un peu de tendresse bordel de merde ! semble implorer cette jeune femme, frappée par son désir inassouvi, face à l’homme, insensible, qui dédaigne son besoin d’étreinte. Dave Saint Pierre, enfant terrible de la danse québécoise, met à nu, au propre comme au figuré, les comportements amoureux et les exigences affectives. Pour ce faire, il n’hésite par à outrepasser les conventions établies.
Ha ha ! – Maguy Marin
Dans cette pièce, Maguy Marin renonce aux composantes chorégraphiques pour mieux s’en prendre à cette société du divertissement qui consomme plus qu’elle n’agit, qui se distrait au lieu de s’impliquer. Ici, rien d’amusant : c’est la conscience citoyenne du spectateur qui est interpelée. Et si, dans ce défilé de rigolades frivoles pointait la menace inquiétante du totalitarisme ?
Le regard de l'autruche - Tino Fernández
En proie à une guerre civile, opposant l’armée régulière aux guérillas, la Colombie vit dans un climat de tension et de peur qui pèse sur la population. Tino Fernández a voulu en témoigner, avec sa compagnie l’Explose. Dans cette séquence, il convoque des images fortes qui ravivent le souvenir d’une pièce de Pina Bausch. Ici, le chorégraphe développe une danse effrénée, travaillée par l’épuisement et la résistance. Palpations humiliantes, bâillonnements étouffants, poursuites harcelantes : le corps lutte, éprouve. Il cherche ses disparus, symbolisés par les paires de chaussures dispersées sur la scène.
Waxtaan – Germaine Acogny
C’est le registre de la satire qu’empruntent Germaine et Patrick Acogny pour fustiger les dirigeants du continent africain. Cette scène n’est pas sans rappeler La Table verte, de Kurt Jooss, créée en 1932. Dans cette première séquence de Waxtaan, les danseurs parodient les politiciens, les puissants dont les grands discours, avec force gestes, n’ont d’autre écho que le silence de l’inaction – Waxtaan, en wolof, signifie « palabres».
La seconde séquence de Waxtaan traite des stéréotypes dans lesquels le spectateur occidental enferme bien souvent le danseur africain, réduit à l’image du bon sauvage ayant le rythme dans la peau. Mais elle laisse aussi entrevoir une perspective plus intéressante. Prisonnier d’un regard bordé d’œillères, le pantin reprend les fils de son destin et compose à sa guise une identité qui s’accommode d’emprunts extérieurs mais reste enracinée dans un héritage culturel d’une formidable richesse.
Daddy, I’ve seen this piece six times and I still don’t know why they are hurting each other – Robyn Orlin
Les clichés sur l’Afrique, c’est l’un des thèmes de prédilection de la sud-africaine Robyn Orlin. Tout comme celui de la discrimination raciale, sur lequel se fonda le régime de l’Apartheid. Dans Daddy, I’ve seen this piece six times and I still don’t know why they are hurting each other, la danse classique est désignée comme emblème de la suprématie blanche. Pour prétendre figurer dans l’incontournable Lac des Cygnes, la danseuse n’a d’autre choix que de dissimuler sa couleur d’origine. Et c’est par le rouge, celui du sang versé par les opposants à la ségrégation, que le contraste citoyen, entre Blancs et Noirs, prendra fin.
Tempus fugit – Sidi Larbi Cherkaoui
Le pari utopique d'une société multicolore sans accros est loin d'être gagné. Voilà ce que met en scène Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe belge d’origine marocaine, dans sa pièce Tempus fugit. Dans cette chorale cosmopolite, ralliée autour d’un chant en apparence fédérateur, une voix paternaliste vient rompre l’unisson. Le sentiment de supériorité, qui sous-tendit l’impérialisme colonial, remonte immanquablement à la surface. Et l’ancien colon réinvestit la mission civilisatrice qu’il s’était attribué, pour indiquer, d’un ton professoral, la seule manière acceptable de prononcer, celle qui lui appartient ! Du paternalisme à la xénophobie, nous dit le chorégraphe, il n’y a souvent qu’un pas, que le personnage ne tarde pas à franchir.
Still /Here - Bill T. Jones
Bill T. Jones a conçu sa pièce Still /Here à partir de témoignages de malades du sida, qu'il a recueilli à l’occasion d’ateliers de « paroles et de mouvement ». Comment continuer à vivre normalement quand on se sait condamné ? Comment affronter l’idée d’une mort programmée ? Autant de questions exorcisées par cette pièce, qui mêle danse, vidéo et texte.
Incarnat - Lia Rodrigues
Le caractère saisissant de la scène tiré du spectacle Incarnat de Lia Rodrigues tient autant à sa crudité qu’à son ambivalence. La chorégraphe brésilienne choisit de montrer la chair humaine dans sa réalité sanguinolente. Deux lectures, au moins, sont possibles. Le corps martyrisé, torturé mais aussi le corps enfanté, qui pour voir le jour, doit subir l’épreuve de la naissance. Elle conçoit l'art comme un instrument de connaissance car, dit-elle "la connaissance est le premier pas qui conduit au changement".