Roméo et Juliette

1996
Année de création : 1996

Partant de l’idée que tout le monde connaît Roméo et Juliette, Jean-Christophe Maillot a adopté un angle chorégraphique qui évite de paraphraser ce monument littéraire de Shakespeare…

 
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Roméo et Juliette - Jean-Christophe Maillot

 

Ballet en 3 actes, d'après William Shakespeare

Chorégraphie: Jean-Christophe Maillot
d'après : William Shakespeare
Musique : Sergueï Prokofiev
Scénographie : Ernest Pignon-Ernest
Costumes : Jérôme Kaplan
Lumières : Dominique Drillot

Première représentation par les Ballets de Monte-Carlo, le 23 décembre 1996, à l'Opéra de Monte-Carlo.

Partant de l’idée que tout le monde connaît Roméo et Juliette, Jean-Christophe Maillot a adopté un angle chorégraphique qui évite de paraphraser ce monument littéraire de Shakespeare qui se suffit à lui-même. Plutôt que de suivre pas à pas la division entre les Capulet et les Montaigu jusqu’à son dénouement tragique, le chorégraphe revisite la pièce suivant un point de vue original : le ballet nous emporte dans l’âme tourmentée de Frère Laurent qui en souhaitant faire le bien provoque finalement la mort des deux amants. Roméo et Juliette de Jean-Christophe Maillot est le flash-back de cet homme d’église désemparé qui se demande à l’issue du drame comment on en est arrivé là. Ce point de départ en dit long sur la sensibilité du chorégraphe qui interprète Roméo et Juliette non pas comme un conflit social ou une lutte clanique régie par un code d’honneur, mais au contraire comme un drame fortuit qui fait périr des jeunes gens plus préoccupés par les jeux de l’amour que ceux de la haine.

Dans le ballet de Jean-Christophe Maillot, les Capulet et les Montaigu se ressemblent beaucoup. Ils ont seize ans, sont plein d’excès et se provoquent dans la rue, plus par amusement que par volonté de se nuire intentionnellement. Leurs rixes ne sont jamais violentes. Ce sont tout au plus des chiquenaudes qui leur permettent de s’identifier à travers une rivalité entre deux bandes que personne ne prend vraiment au sérieux, pas même Tybalt et Mercutio, les plus véhéments de ces adolescents. Hélas un jour, le jeu dérape. Un coup mortel est porté et précipite les protagonistes dans une spirale de violence. Avant d’être des meurtriers, ces protagonistes sont des gamins que Jean-Christophe Maillot nous montre emportés par l’amour, agissant de manière impulsive sans penser aux conséquences. Roméo est irresponsable, désorienté par la découverte d’un amour nouveau qui lui fait oublier ses précédentes conquêtes. Quant à Juliette, c’est la première fois qu’elle tombe amoureuse. Les sensations qu’elle découvre sont si puissantes que Roméo n’est pas seulement un amant : c’est l’Amour. Un amour absolu à côté duquel plus rien n’existe.

Ce débordement de la raison a inspiré à Jean-Christophe Maillot une chorégraphie qui perturbe les codes de la danse classique dans ce qu’elle a de plus traditionnel mais qui conserve son élan, son énergie et sa grâce intemporelle. Cette réflexion à l’œuvre dans Roméo et Juliette est une pierre angulaire du répertoire de Jean-Christophe Maillot : un vocabulaire classique avec une syntaxe contemporaine toujours au croisement de plusieurs disciplines artistiques.

S’agissant de Roméo et Juliette, la syntaxe est clairement cinématographique. Le ballet emprunte au septième art de nombreux outils : le flash-back, qui permet de nous plonger dans l’introspection de Frère Laurent ou encore l’arrêt sur image et le ralenti. On notera également que le spectacle n’est jamais présenté de manière frontale. Les danseurs évoluent suivant des diagonales et ne font jamais face au public… rappelant qu’un acteur ne regarde jamais la caméra. Enfin chaque danseur du corps de ballet possède son propre (second) rôle et peut se singulariser à travers une action unique. Les rôles principaux quant à eux sont tenus par des danseuses, faisant dire à Jean-Christophe Maillot que son Roméo et Juliette est avant tout « un ballet de femmes ». Juliette, Lady Capulet, Rosalinde, la nurse… Ces femmes sont proches les unes des autres et se distinguent plus par leur danse que par leur maturité. Les pères en revanche sont quasiment absents dans la réécriture chorégraphique de Jean-Christophe Maillot et le Prince de Vérone a été supprimé. Mieux, en 1986, lorsqu’il imagine à Tours la première version de son ballet (sur une musique contemporaine de Michel Beuret), le chorégraphe intitule sa pièce « Juliette et Roméo » et indique clairement que ce sont les femmes qui tiennent les rênes  de cette histoire. 

Cette narration qui sert de colonne vertébrale à son ballet, Jean-Christophe Maillot la rend compréhensible grâce à une scénographie épurée, réalisée par Ernest Pignon-Ernest qui débarrasse la danse de ses accessoires inutiles. Ici, pas de fioles, de poison, de couteaux, de balcons fleuris qui feraient basculer Roméo et Juliette dans un film de cape et d’épée. Les seuls accessoires nécessaires au chorégraphe sont nos affects, nos passions, le souvenir entêtant de nos premières amours et une joyeuse petite bande de marionnettes.

 

Mise à jour Mai 2015

Maillot, Jean-Christophe

Rosella Hightower aimait dire de son élève Jean-Christophe Maillot que sa vie n’était qu’une union des opposés. De fait, chez l’actuel Chorégraphe Directeur des Ballets de Monte-Carlo la danse côtoie le théâtre, entre en piste sous un chapiteau, évolue au milieu des arts plastiques, se nourrit des partitions les plus diverses et explore différentes formes de littérature... Son répertoire puise dans le monde des arts au sens large et chaque ballet est un carnet de croquis qui alimente l’œuvre suivante. Jean-Christophe Maillot a ainsi créé en 30 ans un ensemble de soixante pièces, passant de grands ballets narratifs à des formes plus courtes, et dont les multiples connexions reflètent une œuvre qui s’inscrit dans la durée et la diversité. Ni classique, ni contemporain, pas même entre les deux, Jean-Christophe Maillot refuse d’appartenir à un style et conçoit la danse comme un dialogue où tradition sur pointes et avant-garde cessent de s’exclure. 

Né en 1960, Jean-Christophe Maillot étudie la danse et le piano au Conservatoire National de Région de Tours, puis rejoint l’École Internationale de Danse de Rosella Hightower à Cannes jusqu’à l’obtention du Prix de Lausanne en 1977. Il est alors engagé par John Neumeier au Ballet de Hambourg où il interprète pendant cinq ans, en qualité de soliste, des rôles de premier plan. Un accident met fin brutalement à sa carrière de danseur.

En 1983, il est nommé chorégraphe et directeur du Ballet du Grand Théâtre de Tours qui deviendra par la suite Centre Chorégraphique National. Il y crée une vingtaine de ballets et fonde en 1985 le Festival de danse « Le Chorégraphique ». En 1987, il crée pour les Ballets de Monte-Carlo Le Mandarin Merveilleux qui fait événement. Il devient conseiller artistique de la compagnie pour la saison 1992-1993, puis est nommé chorégraphe-directeur par S.A.R. la Princesse de Hanovre en septembre 1993.

Son arrivée à la direction des Ballets de Monte-Carlo fait prendre un nouvel essor à cette compagnie de 50 danseurs dont on reconnaît depuis 20 ans le niveau de maturité et d’excellence. Il y crée près de 30 ballets dont certains, tels que Vers un pays sage (1995), Roméo et Juliette (1996), Cendrillon (1999) La Belle (2001), Le Songe (2005), Altro Canto (2006), Faust (2007), LAC (2011) et CHORE (2013), Casse- Noisette Compagnie (2013),  font la réputation des Ballets de Monte-Carlo dans le monde entier. Plusieurs de ces œuvres sont inscrites désormais au répertoire de grandes compagnies internationales telles que les Grands Ballets Canadiens, le Royal Swedish Ballet, le Ballet National de Corée, le Stuttgart Ballet, le Royal Danish Ballet, le Ballet du Grand Théâtre de Genève, le Pacific Northwest Ballet, l’American Ballet Theatre, le Béjart Ballet Lausanne. En 2014, il crée La Mégère apprivoisée pour le Ballet du Théâtre Bolchoï.

Également sensible au travail des autres artistes, Jean-Christophe Maillot est connu pour son esprit d’ouverture et sa volonté d’inviter des chorégraphes au style différent à créer pour la Compagnie. En 2000, ce même désir de présenter l’art chorégraphique sous de multiples angles l’incite à créer le Monaco Dance Forum, une vitrine internationale de la danse qui présente un foisonnement éclectique de spectacles, d’expositions, d’ateliers et de conférences.

En 2007, il réalise sa première mise en scène d’opéra, Faust, pour le Théâtre National de la Hesse et en 2009, Norma pour l’Opéra de Monte-Carlo. En 2007, il réalise son premier film chorégraphique, Cendrillon puis Le Songe en 2008. En 2009, il élabore le contenu et coordonne le Centenaire des Ballets Russes à Monaco qui verra affluer pendant un an en principauté plus de 50 compagnies et chorégraphes pour 60 000 spectateurs. En 2011, la danse à Monaco vit une évolution majeure dans son histoire. Sous la Présidence de S.A.R. La Princesse de Hanovre, les Ballets de Monte-Carlo réunissent désormais au sein d’une même structure la compagnie des Ballets de Monte-Carlo, le Monaco Dance Forum et l’Académie Princesse Grace. Jean-Christophe Maillot est nommé à la tête de ce dispositif qui concentre à présent l’excellence d’une compagnie internationale, les atouts d’un festival multiforme et le potentiel d’une école de haut niveau.

Jean-Christophe Maillot est Commandeur dans l’Ordre du Mérite Culturel de la Principauté de Monaco, Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres et Chevalier de la Légion d’Honneur en France. Le 17 novembre 2005, il est nommé Chevalier dans l’Ordre  de Saint Charles par S.A.S. le Prince Albert II de Monaco. En 2008, il reçoit à Moscou le Prix Benois de la Danse du Meilleur Chorégraphe ainsi que le « Premio Dansa Valencia 2010 ».

Mise à jour Avril 2015

Caïozzi, Denis

Après des études de cinéma a Aix en Provence, il s'associe au réalisateur Thierry Graton et crée avec lui une structure de production qui lui permettra de lier ses deux passions a l'Opéra de Marseille, Festival d'Aix, Festival d'Avignon, etc. 

Au début des années 90, il rencontre Angelin Preljocaj qui va l'initier a un monde qu'il ne connaissait pas: la danse contemporaine. Ils travailleront sur une quinzaine de productions. Ensemble, ils obtiennent en 1999 le grand prix du festival videodanse pour « le parc ». 

Depuis 2000, il est fréquemment sollicité pour des émissions de musique et de danse filmées en direct : Chorégies d'Orange, Théatre Bolshoi, Scala de Milan, etc… 

Dernières réalisations : Don Quichotte (ballet national de Cuba), Vertiges (spectacle de Tony Gatlif), Casse Noisette (théâtre Mariinsky/Saint Petersbourg).

Sources : site internet de Denis Caïozzi

La compagnie des Ballets de Monte-Carlo

 

L'ANCRAGE DE LA DANSE À MONACO : LES BALLETS RUSSES

1909 marque le début d'une forte implantation de l'art chorégraphique à Monaco. Serge de Diaghilev présente pour la première fois à Paris ses Ballets Russes. Ils s'établissent à Monte-Carlo qui devient leur atelier créatif pendant deux décennies. Depuis la Principauté, Diaghilev réforment le ballet de son temps dans toutes ses formes. À sa mort en 1929, la compagnie est dissoute. Plusieurs personnalités et chorégraphes la font renaître sous diverses appellations mais elle disparaît définitivement en 1951.

LA NAISSANCE DE L'ACTUELLE COMPAGNIE DES BALLETS DE MONTE-CARLO

En 1985, la compagnie des Ballets de Monte-Carlo voit le jour grâce à la volonté de S.A.R. la Princesse de Hanovre qui souhaite s'inscrire dans cette tradition de la danse à Monaco. La nouvelle compagnie est dirigée par Ghislaine Thesmar et Pierre Lacotte, puis par Jean-Yves Esquerre.

L'ESSOR DE LA COMPAGNIE

En 1993, S.A.R. la Princesse de Hanovre nomme à la tête des Ballets de Monte-Carlo, Jean-Christophe Maillot. Fort d'une expérience de danseur acquise chez Rosella Hightower et John Neumeier, et chorégraphe-directeur du Centre Chorégraphique National de Tours, Jean-Christophe Maillot fait prendre un tournant à la compagnie. Il crée pour elle plus de 30 ballets dont plusieurs entreront au répertoire de grandes compagnies internationales. Les Ballets de Monte-Carlo sont désormais sollicités dans le monde entier grâce aux œuvres emblématiques de Jean-Christophe Maillot telles que Vers un pays sage (1995), Roméo et Juliette (1996), Cendrillon (1999) La Belle (2001), Le Songe (2005), Altro Canto (2006), Faust (2007) et LAC (2011).

Par ailleurs Jean-Christophe Maillot enrichit également le répertoire de la compagnie en invitant des chorégraphes majeurs de notre époque mais aussi en permettant à des chorégraphes émergeants de travailler avec cet outil exceptionnel que sont les 50 danseurs des Ballets de Monte-Carlo. Parmi ces chorégraphes invités figurent notamment Sidi Larbi Cherkaoui, Shen Wei, Alonzo King, Emio Greco, Chris Haring, Marco Goecke, Lucinda Childs, William Forsythe, Jiri Kylian, Karole Armitage, Maurice Béjart ou encore Marie Chouinard

En 2000, Jean-Christophe Maillot crée le Monaco Dance Forum, vitrine internationale de la danse qui présente un foisonnement éclectique de spectacles, d'expositions, d'ateliers et de conférences. La compagnie participe régulièrement à ce festival ainsi que l'Académie de Danse Princesse Grâce.

L'AVENIR DES BALLETS DE MONTE-CARLO

En 2011, sous la Présidence de S.A.R. La Princesse de Hanovre, une nouvelle structure dirigée par Jean-Christophe Maillot réunit ces trois institutions : Les Ballets de Monte-Carlo concentrent à présent l'excellence d'une compagnie internationale, les atouts d'un festival multiforme et le potentiel d'une école de haut niveau. Création, formation et diffusion sont à présent réunies à Monaco pour se mettre au service de l'art chorégraphique d'une manière inédite dans le monde de la danse.

Mise à jour Juin 2012

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Les Ballets de Monte-Carlo

Les Ballets de Monte-Carlo

En 1985, l’actuelle compagnie des Ballets de Monte-Carlo voit le jour grâce à la volonté de S.A.R. la Princesse de Hanovre qui souhaite s’inscrire dans la longue tradition de la danse à Monaco. L’arrivée de Jean-Christophe Maillot en 1993 fait prendre un essor international à la compagnie grâce à ses ballets reconnus dans le monde entier et sa politique d’invitation d’autres chorégraphes

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