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Lucinda Childs, Vehicle

Ministère de la Culture 2010

Chorégraphe(s) : Childs, Lucinda (United States)

Présentée dans la/les collection(s) : Ministère de la Culture

Producteur vidéo : EAT, B. Schultz Lundestam, Billy Klüver & Julie Martin

en fr

Lucinda Childs, Vehicle

Ministère de la Culture 2010

Chorégraphe(s) : Childs, Lucinda (United States)

Présentée dans la/les collection(s) : Ministère de la Culture

Producteur vidéo : EAT, B. Schultz Lundestam, Billy Klüver & Julie Martin

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Vehicle

Présentée les 16 et 23 octobre 1966, Vehicle est une performance musicale et chorégraphique de Lucinda Childs mettant en scène trois danseurs, un système de mobiles et de projecteurs, un émetteur à ultrasons et une cabine sur coussin d’air. Réminiscence des machines lumineuses du Bauhaus, ce dispositif repose sur la création du son par le mouvement.


Disciple de Merce Cunningham, Robert Rauschenberg et John Cage, Lucinda Childs participe au Judson Dance Theater dans les années 1960. En 1976, elle sera chorégraphe et interprète d’Einstein on the Beach de Bob Wilson et Philip Glass. Fascinée par l’interaction entre le corps et les objets, et par la manière dont un danseur peut produire sa propre musique par ses mouvements, l’artiste voit dans Vehicle une occasion inédite de travailler avec des moyens technologiques d’envergure. Avec les ingénieurs des laboratoires Bell, elle conçoit une œuvre aux formes géométriques autour de la transmission de signaux sonores et lumineux. Les performeurs agissent ici plus comme des opérateurs que comme de véritables danseurs. Isolé dans une cabine de plexiglas, Alex Hay remet trois seaux illuminés à William Davis qui les suspend à une charpente. Lucinda Childs impulse et contrôle leur balancement qui fait varier les fréquences d’un faisceau d’ultrasons, ainsi que les ombres qu’ils projettent. 


Source : Sylvain Maestraggi

Childs, Lucinda

  

Lucinda Childs s'initie dès le lycée à la danse classique et au théâtre, puis découvre la danse moderne à l'université auprès de Hanya Holm. Prenant des cours avec Merce Cunningham, elle comprend toute l'importance des concepts qu'il partage avec John Cage et s'inscrit avec Yvonne Rainer aux cours de Robert Dunn. Elle danse alors avec Yvonne Rainer, Steve Paxton, Robert Morris dans des spectacles expérimentaux au Judson Dance Theater où elle crée ses premières pièces personnelles (Pastime, 1963 ; Geranium, 1965). Elle fonde sa compagnie en 1973.


Utilisant parfois à ses débuts le monologue comme le fait Rainer, elle s'oriente délibérément vers un minimalisme répétitif qui, dansé dans le silence, souhaite « donner à voir et à entendre la danse ». Les déplacements des corps tracent des figures de plus en plus complexes dont le parcours est donné par des dessins géométriques qu'elle imagine. Rythme, énergie et répétition et sensation d'espace créent par leur continuum un véritable mouvement perpétuel qui rejoint la fascination cosmique (Radial Courses, 1976). Cette même année elle danse également un solo très remarqué dans Einstein on the Beach de Robert Wilson dont Andy Degroat règle la chorégraphie. Dance (1979), sa plus belle pièce, marque le début de sa collaboration avec des musiciens (Philip Glass d'abord, puis Jon Gibson, Steve Reich, John Adams) et des plasticiens dont Sol Lewitt. Après Available Light (1983), elle oscille entre un style plus académique (Calyx, 1987) et un retour à la simplicité (Concerto, 1993).


Elle signe des œuvres pour de nombreuses compagnie et crée deux solos pour Mikhaïl Baryshnikov (Largo, 2001 ; Opus One, 2003). Elle se produit aussi dans des pièces de Robert Wilson (I Was Sitting on My Patio, 1977 ; Quartett, 1987 ; La Maladie de la mort, 1996) et, à partir des années 90, travaille régulièrement pour l'opéra (Salome, 1992, mise en scène de Luc Bondy ; Moïse et Aaron, 1995, mise en scène de Peter Stein ; Doctor Atomic, 2005, musique de John Adams).


Source : Lise Brunel, Dictionnaire de la danse, sous la direction de Philippe Le Moal, Larousse, 2008


En savoir plus :

http://www.lucindachilds.com/

9 Evenings : Theatre & Engineering

9 Evenings : Theatre & Engineering est une série de dix films consacrés aux dix performances légendaires qui ont eu lieu à New York en octobre 1966. Point d’orgue du foisonnement créatif new-yorkais des années 1950-60, les 9 Evenings représentent un moment charnière du rapprochement entre art et technologie, et de l’invention de nouvelles formes de composition et de performance.

C’est à la complicité de Billy Klüver, ingénieur au centre de recherches Bell Laboratories, avec le plasticien Robert Rauschenberg que l’on doit 9 Evenings : Theatre & Engineering, une série de performances qui furent présentées à l’Arsenal du 69e Régiment de New York, entre le 13 et le 23 octobre 1966. L’enjeu était simple : mettre à la disposition d’une dizaine d’artistes le savoir-faire d’une équipe d’ingénieurs des laboratoires Bell, pour leur permettre de réaliser, grâce à des moyens technologiques de pointe, “la performance de leur rêve”. Projecteurs, caméras vidéo, transistors, amplificateurs, électrodes et oscilloscopes firent ainsi leur entrée sur scène au service de visions ambitieuses, futuristes, iconoclastes ou poétiques – qui toutes furent filmées en noir et blanc et en couleur. Lorsque ces films furent retrouvés en 1995, Billy Klüver décida en collaboration avec Julie Martin et la réalisatrice Barbro Schultz Lundestam, de produire une série de documentaires restituant ce qui s’était produit sur scène et lors de la préparation des performances. Ainsi le matériau original fut-il complété par des entretiens avec les protagonistes de chaque performance (artistes et ingénieurs), des images d’archives et quelques invités prestigieux. Les 9 Evenings allaient pouvoir retrouver leur place dans l’histoire de l’art.

Or, les artistes le rappellent eux-mêmes, ces performances s’inscrivent de manière déterminée dans l’évolution de l’art aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Sans remonter jusqu’à Jackson Pollock, évoqué par Lucinda Childs, qui, en plaçant le geste au cœur de la peinture ouvrit la voie à un art de l’action, le parrainage de Merce Cunningham, John Cage et Robert Rauschenberg est de première importance dans le développement de ce qui sera présenté sur scène. C’est au Black Mountain College, où enseignait Cage, qu’eut lieu en 1952 le premier happening auquel participèrent Rauschenberg et Cunningham, ainsi que David Tudor, que l’on retrouve dans les 9 Evenings.

Une des spécificités de cet événement était de rassembler librement différentes disciplines artistiques sur une même scène, en renonçant au caractère narratif de la représentation théâtrale. La plupart des artistes invités à participer au 9 Evenings sont issus du Judson Dance Theater, un collectif réuni dans l’église Judson à New York et constitué de disciples de Merce Cunningham. Les préceptes de John Cage leur étaient enseignés par Robert et Judith Dunn, et Rauschenberg, directeur artistique de la compagnie de Cunningham, les assistait dans l’organisation de leurs spectacles. Rauschenberg s’initia lui-même à la danse dans les années 1960 et réalisa certaines performances avec Carolyn Brown, Steve Paxton, Deborah et Alex Hay.

Transversalité, mélange de danseurs et de non-danseurs, interaction avec des objets, abandon de la technicité de la danse au profit de l’observation des gestes du quotidien, sont autant de caractéristiques du Judson Dance Theater que l’on retrouve dans les 9 Evenings. Trouver un nouveau rapport entre l’art et la vie, telle était l’injonction de Cage et Rauschenberg. Sur l’immense plateau de l’Arsenal, la technologie mise au service des artistes va permettre d’intégrer toutes sortes de sons et d’images venus de l’extérieur et la danse va s’effacer pour laisser place à un nouveau genre de pantomime appelé performance.

La technologie des ingénieurs de Bell est elle-même un de ces éléments du monde extérieur. Les artistes choisissent de la mettre en scène ou de l’escamoter au profit de compositions tirées de leur imagination. Chez les musiciens, Cage et Tudor, c’est une débauche de câbles, chez Alex et Deborah Hay, une atmosphère expérimentale proche de la science-fiction, chez Lucinda Childs, un dispositif empreint de modernisme. Rauschenberg et Robert Whitman proposent des formes plus directement empruntées à notre environnement quotidien : l’un change le plateau en terrain de tennis, l’autre y fait pénétrer des automobiles. Dans ces performances, comme dans celle d’Öyvind Fahlström, qui foisonne de “deus ex machina”, la technologie conserve son rôle ancestral de machine de scène.

Si l’amplification du son et la projection sur écran constituent une nouveauté, les tableaux dressés par ces artistes appartiennent encore à l’univers du théâtre. Théâtrale également, la séparation entre la scène et le public qui n’est abolie qu’une seule fois par Steve Paxton, avec ses structures gonflables dans lesquelles les spectateurs sont amenés à se promener. Ce qui nous écarte du théâtre toutefois, c’est l’absence de texte ou de parole (à l’exception d’Öyvind Fahlström). La performance n’est pas ordonnée à un récit, elle invente ses propres unités de temps et d’action. D’où la tension dont témoignent certains artistes qui ignoraient parfois la durée de leur spectacle ou doutent encore de sa cohérence. La performance est un art du risque qui se joue dans l’instant.

Enfin, grâce à la technologie, on voit émerger tout un nouveau monde d’images. Cette vie qu’il appartient à l’artiste de réconcilier avec l’art est faite non seulement de gestes, mais aussi d’images de télévision et de cinéma, d’images documentaires ou de publicité, d’images-fantasmes ou d’images-messages. C’est flagrant chez Yvonne Rainer et Robert Whitman. Le monde qui pénètre sur scène est celui de la société de consommation et de ses objets fétiches : radios, télécommandes, ventilateurs, aspirateurs, machines à écrire. Le règne de l’automatisme et de l’interrupteur. Que l’entreprise qui met à disposition ses ingénieurs soit une compagnie de téléphone laisse songeur quant à l’avenir de ces techniques. Mais à la différence du pop art, qui s’empare au même moment des emblèmes et des rites de la société américaine, et même si la plupart des performances ont une dimension ludique, on discerne, en filigrane des 9 Evenings, comme un soupçon critique à l’égard de ce nouvel environnement. Cela éclate chez Öyvind Fahlström, qui livre un pamphlet contre l’idéal conformiste des Etats-Unis. Mais il n’est pas tout à fait isolé. La foule spectrale filmée à la caméra infrarouge chez Rauschenberg, le visage bardé d’électrodes de l’artiste cobaye Alex Hay, le monde synthétique de Steve Paxton laissent filtrer une certaine inquiétude. Imitant la condition de l’ouvrier ou du consommateur, le corps du danseur renonce à toute agilité pour n’être plus qu’un opérateur dans un dispositif, voire une simple chose déplacée sur un socle comme chez Deborah Hay.

Durant ces dix jours, les ingénieurs et les artistes des 9 Evenings auront transformé l’immense voûte de l’Arsenal en caverne de Platon, où le public sera venu admirer les reflets dispersés du monde moderne. Si la tristesse de l’ère industrielle vient de ce que la technique nous dépossède de la réalité, à travers ces dix propositions, la performance s’est affirmée comme un genre libre et onirique, capable de puiser dans la rumeur dudit monde – fût-elle électrique – un matériau neuf à transfigurer.


Source : Sylvain Maestraggi (Texte publié dans Images de la culture n°29, février 2015)

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