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Cherry-Brandy

CN D - Centre national de la danse Atelier 3+1 - Compagnie Josef Nadj 2010

Chorégraphe(s) : Nadj, Josef (Hungary)

Présentée dans la/les collection(s) : Compagnie Josef Nadj - Atelier 3+1 , Centre national de la danse

Producteur vidéo : Centre chorégraphique national d'Orléans

Vidéo intégrale disponible au CND de Pantin

en fr

Cherry-Brandy

CN D - Centre national de la danse Atelier 3+1 - Compagnie Josef Nadj 2010

Chorégraphe(s) : Nadj, Josef (Hungary)

Présentée dans la/les collection(s) : Compagnie Josef Nadj - Atelier 3+1 , Centre national de la danse

Producteur vidéo : Centre chorégraphique national d'Orléans

Vidéo intégrale disponible au CND de Pantin

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CHERRY-BRANDY ( la genèse)


CHERRY-BRANDY
 

      Le poète se mourait (…). Le poète se mourait depuis si longtemps qu’il avait cessé de comprendre que c’était la
mort. (…)
      La vie entrait toute seule en lui (…) : il ne l’appelait pas, mais elle n’en pénétrait pas moins son corps, son cerveau,
elle entrait comme la poésie, comme l’inspiration.
      Et pour la première fois, la signification de ce mot lui fut révélée dans toute sa plénitude. La poésie était la force
créatrice dont il vivait. (…) Il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. 
                             
                                                                                  Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma1

 

 


      Avec Cherry-Brandy, pour la première fois depuis cette « traversée de l’œuvre d’Henri Michaux » qu’était Asobu
en 2006, Josef Nadj consacre à nouveau une création à un poète – l’un des plus grands du XXe siècle. Il s’agit
d’Ossip Mandelstam (1891-1938), traducteur, écrivain, essayiste de langue russe, auteur de La Pierre, Tristia,
Le Bruit du temps, d’un merveilleux Entretien sur Dante ou des Cahiers de Voronej qu’il composa en exil,
entre 1935 et 1937…
      Né en 1891 à Varsovie, dans une famille juive provinciale, et mort en 1938 à Vladivostok, victime des purges
staliniennes, usé par de longs mois d’humiliation et de privation, Mandelstam donc, figure centrale, est
entouré ici par une constellation d’écrivains : ce sont d’abord deux autres Russes, Anton Tchekhov et Varlam
 Chalamov, auxquels s'ajoutent Pétrarque, et Paul Celan .

 


      Content ou pas, le rôle du macchabée il est temps de se mettre à le répéter.
                         
                                                                                   Anton Tchekhov, Le Chant du cygne (Calchas)

 

 

      Avec Le Chant du cygne (1886-97), une « étude dramatique en un acte » qui met en scène un vieil acteur dans un
théâtre déserté, tard le soir, après la représentation – un acteur sur le déclin, légèrement ivre et habité par
des lambeaux des rôles qu’il a interprétés, un homme seul sur une scène vide, plongée dans la pénombre… –, Anton
Tchekhov aura été le point de départ de Cherry-Brandy.
      Plus encore qu’à l’argument de cette pièce, Nadj a été sensible au nom du personnage principal, Svetlovidov, qui
signifie « celui qui voit clair » – celui qui, dans les ténèbres, sait à la fois discerner et révéler le moindre
éclat de lumière. Ce nom lui est apparu en effet comme une possible métaphore de la posture de l’artiste, tout
entier tourné vers son art, assigné à son art, « bon qu’à ça » aurait dit Beckett, toujours et partout – jusque
dans les situations les plus extrêmes.
      De Tchekhov, Nadj s’est également penché sur une œuvre singulière et relativement peu connue, L’Île de
Sakhaline (1893) dans laquelle le dramaturge relate son séjour de plusieurs mois dans « ce véritable enfer »
qu’était le bagne localisé dans l’île en question – un voyage qu’il avait entrepris de sa propre initiative
en 1890, afin de témoigner des conditions de vie des déportés.


« Il est mort en acteur » : oui, cela on pouvait encore le comprendre. Mais mourir en poète ?

                                                               Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma

 


      Varlam Chalamov (1907-1982), lui, a pendant 17 ans subi au goulag un autre enfer sibérien, expérience qu’il relate
dans ses Récits de la Kolyma – un livre qui, indépendamment de sa valeur de témoignage sur l’univers concentrationnaire,
est l’un des chefs d’œuvre de la littérature du XXe siècle.
      Parmi ces Récits, il s’en trouve un qui, faisant référence à l’un des poèmes de celui-ci, rend explicitement hommage
à Ossip Mandelstam : intitulé « Cherry-Brandy », il décrit un poète moribond, un mourant qui reste poète jusqu’à son
dernier souffle… L’exemple même du « poète absolu », selon Josef Nadj.


     

"Un grand nombre d’entre nous a cru que ce qui se passait était inévitable, et les autres ont cru que c’était bien ainsi.
Tous prirent conscience du fait que c’était sans retour. Ce sentiment était dicté par l’expérience du passé, le
pressentiment de l’avenir et la fascination du présent. J’affirme que nous étions tous (…) dans un état voisin du
sommeil hypnotique".

                                                            Nadejda Mandelstam, Contre tout espoir

 


      Reconnu dès la publication de son premier recueil à l’âge de 22 ans, co-fondateur de l’acméisme, l’un des courants
de l’avant-garde littéraire russe des années 1920, ami d’Anna Akhmatova et de Boris Pasternak, Mandelstam considérait
les mots comme inséparables du corps, de la voix et du geste. Et il leur prêtait une puissance concrète, agissante.
Il était aussi, il était ainsi un homme engagé dans son temps.
      Quoique non publiés, et n’ayant circulé oralement que dans le cercle très restreint de ses proches, ses distiques
sur Staline, véritable charge contre « l’ogre ossète », « le montagnard du Kremlin », lui vaudront sa première arrestation
en 1934. Assigné à résidence à Voronej, puis condamné aux travaux forcés, Mandelstam mourra d’épuisement pendant son transfert
à la Kolyma.
      Censurée par le pouvoir stalinien, son œuvre était menacée de disparaître totalement. Elle a cependant pu nous parvenir,
30 ans après sa mort, grâce à l’obstination de sa femme, Nadejda Mandelstam, qui s’était donné pour mission de la préserver
et la transmettre, et en avait, pour cela, appris par cœur des pans entiers…

 

      Siècle mien, brute mienne, qui saura
      Plonger les yeux dans tes prunelles
      Et ressouder avec son sang
      Les vertèbres des deux siècles ?

                                                          Ossip Mandelstam, « Le siècle »

 


      Avec son Cherry-Brandy, une pièce austère et sombre dont tous les interprètes semblent effectivement plongés dans
 un « sommeil hypnotique », Josef Nadj rend à son tour hommage à Ossip Mandelstam. Il le fait notamment (ce qui constitue
 chez lui une sorte de précédent) en donnant à entendre, intégralement, plusieurs poèmes de celui-ci, ainsi qu’un
« madrigal » de Pétrarque .
      Il le fait aussi en mettant en scène, justement, le conflit entre la lumière et l’obscurité. Et si, d’une certaine
manière, il se penche à nouveau ici sur la question du temps qui, de Comedia Tempio (1990) à Sho-bo-gen-zo (2008),
traverse l’ensemble de son œuvre, Nadj signe avec Cherry-Brandy une création hautement politique : où la réflexion sur l’art,
le rôle et la responsabilité de l’artiste face à son époque et vis-à-vis de ses contemporains, devient la source d’une
méditation sur le XXe siècle – et sur la raréfaction actuelle de « l’espace pour créer »…

                                                                                                                                             Myriam Blœdé

 

 

 

 

GENESE DU PROJET:

 

      C’est à la demande de Valéri Chadrine, directeur du Festival de Théâtre Tchekhov et directeur artistique pour la Russie
des « Années croisées France-Russie », que ce projet est né. 2010 marque, en effet, le 150e anniversaire de la naissance
d’Anton Tchekhov et, dans ce contexte, Josef Nadj s'est vu commander une création qui lui soit dédiée.

      Après deux sessions de « laboratoire de recherche », en juin et novembre 2009, cette pièce a nécessité trois mois
de répétitions qui ont eu lieu du 22 mars à fin mai 2010 au C.C.N. d'Orléans, puis, les deux premières semaines de juin,
à la salle Jean-Louis Barrault de la Scène Nationale d'Orléans.
      Les premières représentations ont eu lieu les 5, 6 et 7 juillet 2010 à Moscou, puis les 11, 12 et 13 juillet 2010 à
Saint-Pétersbourg, dans le cadre de l'« Année France-Russie 2010 ».

 

POURQUOI LA RUSSIE ?


      Josef Nadj entretient avec la Russie des rapports privilégiés depuis de nombreuses années. Plusieurs de ses pièces
y ont été présentées (Les Veilleurs, Woyzeck, Le Temps du repli, Journal d’un inconnu, Entracte) dans diverses villes
(Moscou, Saint-Pétersbourg, Volgograd, Saratov).
      Les Veilleurs a reçu le Masque d’Or du meilleur spectacle étranger présenté en Russie en 2000, et Woyzeck a obtenu
le même prix pour l’année 2002.
      En 2003, Josef Nadj a participé à la création de Penthésilée, mise en scène par Alain Milianti. Il est resté plusieurs
semaines à Saratov pour travailler avec les étudiants du conservatoire de théâtre, dirigé à l’époque par Anton Kouznetsov.
      Á cette occasion, il a réalisé une série de photographies, intitulée L’Opus de Saratov, qui a été exposée à plusieurs
reprises, notamment en 2006, au Festival d’Avignon dont Josef Nadj était l’artiste associé.

Nadj, Josef

Josef Nadj est né en 1957 à Kanjiza (province de Voïvodine en ex-Yougoslavie, actuelle Serbie).

Dès l'enfance, il dessine, pratique la lutte, l'accordéon, le football et les échecs, et se destine à la peinture.

Entre l'âge de 15 et 18 ans, il fait des études secondaires au lycée des beaux-arts de Novi Sad (capitale de Voïvodine). Puis, pendant quinze mois, son service militaire en Bosnie-Herzégovine.

Après quoi, il part étudier l'histoire de l'art et de la musique, et s'initie à l'expression corporelle et au jeu d'acteur à l'université de Budapest.

En 1980, il part pour Paris afin de poursuivre sa formation auprès de Marcel Marceau et Etienne  Ducroux. En parallèle, il découvre la danse contemporaine alors en pleine expansion en France, suit l'enseignement de Larri Leong (qui mêle danse, kinomichi et aikido) et d'Yves Cassati, prend des cours de tai-chi, de butô ou de danse contact (avec Mark Tompkins), commence à enseigner l'art du geste à partir de 1983 (en France et en Hongrie) et participe, en tant qu'interprète, aux créations de Sidonie Rochon ("Papier froissé", 1984), Mark Tompkins ("Trahison Men", 1985), Catherine Diverrès ("l'Arbitre des élégances", 1988) ou François Verret ("Illusion comique" et "La", commande du GRCOP, 1986).

En 1986, il crée sa compagnie, Théâtre JEL (« jel » signifie « signe » en hongrois) et monte sa première pièce, Canard Pékinois, qu'il présente en 1987 au Théâtre de la Bastille et qui sera accueillie dès la saison suivante au Théâtre de la Ville à Paris.

Il est, à ce jour, l'auteur d'une trentaine de créations et performances.

En 1982, Josef Nadj a complètement arrêté le dessin et la peinture pour se consacrer à la danse. Il n'y reviendra qu'une quinzaine d'années plus tard. Cependant, en 1989, il commence à pratiquer la photographie, activité qu'il poursuit sans discontinuer jusqu'à aujourd'hui. Á partir de 1996, ses œuvres graphiques et plastiques – sculptures-installations, dessins, photos –, le plus souvent conçues en cycles ou séries, font régulièrement l'objet d'expositions dans des galeries ou des théâtres.

En 2006, Josef Nadj est l'Artiste associé du 60e Festival d'Avignon : il présente Asobu dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes, en ouverture du festival, ainsi qu'une performance en collaboration avec le peintre Miquel Barcelo, "Paso doble", à l'église des Célestins. Puis en 2010, il y retourne pour "Les Corbeaux", performance où il partage la scène avec son complice Akosh S. (saxophoniste et poly-instrumentiste).

A l'occasion du 150e anniversaire de la naissance d'Anton Tchekhov, Valéri Chadrine, directeur du Festival International de Théâtre Tchekhov et directeur artistique de l'Année France-Russie 2010, a invité Josef Nadj pour la création d'un spectacle dédié au dramaturge, spectacle présenté à Moscou et Saint Pétersbourg.

Josef Nadj était aussi présent à la Quadriennale de Prague du 16 au 26 juin 2011. Cette Quadriennale se tient à Prague depuis 1967 ; c'est l'événement le plus renommé au monde pour les arts vivants. Plus d'une soixantaine de pays, y sont présents cette année. Josef Nadj a été sélectionné pour participer au projet « Intersection » basé sur l'intimité et le spectacle : village éphémère composé de boîtes "Whites cubes / black boxes" dressé pour une trentaine d'artistes mondialement reconnus, chacun investissant sa propre boîte.

Josef Nadj a été directeur du Centre Chorégraphique National d'Orléans de 1995 à 2016. En 2017, il établit à Paris sa nouvelle compagnie Atelier 3+1.

Source : Josef Nadj

En savoir plus : http://josefnadj.com/

Cherry-Brandy

Chorégraphie : Josef Nadj

Interprétation : Johan Bichot, Ivan Fatjo, Eric Fessenmeyer, Anastasia Khvan, Panagiota Kallimani, Anne-Sophie Lancelin, Lazare, Cécile Loyer, Josef Nadj, Emmanuela Nelli, Marlène Rostaing

Musique originale : Alain Mahé

Musique additionnelle : Emmanuelle Tat (enregistrement des pianos et toy piano ) ; Matériaux et pièces musicales issus des oeuvres de Franz Schubert, John Cage, Gyorgy Kurtag, Mussorhsli, Bellini Janacek, David Tudor, Merzbow, Giacinto Scelci, Gyorgy Ligeti, Lol Coxhill et Steve Beresford, Longberg

Lumières : Rémi Nicolas assisté de Lionel Colet

Costumes : Françoise Yapo

Décors : Jacqueline Bosson

Durée : 88'

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