Éloge du puissant royaume

2017
Auteur : Maalem, Heddy
Année de création : 2013

"Éloge du puissant royaume" est la traduction littéraire de l'acronyme anglais Krump - Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise. Ce péhnomène urbain est né à Los Angeles dans les années 90 dans un contexte de guerre des gangs et d'émeutes raciales.

 
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Éloge du puissant royaume

"J'ai rencontré les danseurs de Krump sans doute parce que je les ai toujours cherchés. Ils s'appellent, Jigsaw, Kellias, Crow… noms de code de leur identité réinventée. Le Krump est un mouvement profond, pas encore une marchandise. Il semblerait que le monde ait fait naître là où on ne l'attendait pas, une danse du dedans, authentiquement spirituelle, faite pour débusquer des monstres et dire l'inarticulé des paroles rentrées dans la gorge de ceux qui ne peuvent même plus crier. La seule danse qui vaille.
Avant d'être une mode, c'est un rite inventé, une sorte de louange forcenée, la contorsion brutale de celui qui refuse la camisole contemporaine.
Ces danseurs nous disent : Qu'arrive-t-il à la force qui nous mène? Que signifie ce monde échoué? Qui vit dans l'obscur de nous-mêmes ?
Cette danse est une chance car elle est un partage de la violence qui nous fonde et un moyen de la comprendre en se délivrant du discours.
C'est une danse du début ou de la fin des temps qui dit l'essentiel de ce qui fait un homme aujourd'hui, un secret pour lui-même vivant debout au plus noir de sa propre nuit. "
Heddy Maalem - mai 2012

Générique

Création 2013
durée 60’
Distribution 5 interprètes
Chorégraphie 
Heddy Maalem
Interprètes
 Anthony-Claude Ahanda alias Jigsaw
, Wladimir Jean alias Big Trap
, Romual Kabore
, Émilie Ouedraogo alias Girl Mad Skillz, 
Anne-Marie Van alias Nach


De 2013 à 2014
 Ludovic Manchin-Opheltes alias Kellias
Scénographie
 Rachel Garcia

Création lumières 
Guillaume Fesneau
Bande sonore
 Heddy Maalem et Stéphane Marin

Maalem, Heddy

Heddy Maalem est plutôt un homme du retrait, un homme du silence. 

Il se méfie des faux-semblants et des petits arrangements avec l'exactitude. A cette image, sa danse est simple, parfois brute, à la recherche d'un ajustement intérieur. Sans enjolivure.
Du plus profond sourd la tension secrète que l'on perçoit dans ses chorégraphies comme dans l'individu. Fils de deux terres, la France - il précise : le Languedoc - et l'Algérie, Heddy Maalem préfère se dire fils de la Méditerranée, cette mer qui tente de combler la béance entre les deux peuples. Quand on pousse sa discrétion dans ses retranchements, Heddy Maalem finit par évoquer un souvenir d'enfance, précis et fondateur : En Algérie, nous vivions dans les Aurès, à Batna. Nous habitions le "village nègre", le quartier des Africains noirs. C'était la guerre. Et on entendait sans arrêt les percussions qui rythmaient les danses de ces immigrés venus du Sud. Pour moi, depuis, la guerre et la danse sont en quelque sorte liées l'une à l'autre.

Le chorégraphe est né de cette violence, de cette séparation. Encore est-il né tard, après plusieurs années d'études aux langues O, puis de voyages, quelques métiers, et la boxe, en amateur, jusqu'à vingt-huit ans. La danse, il la croise de façon accidentelle, par l'intermédiaire de l'Aïkido qu'il enseignera de nombreuses années. Immédiatement elle lui apparaît comme « une évidence inattendue ». Une façon de bouger, d'être, qui rejoint des souvenirs personnels, anciens et même ancestraux.

Pour avoir vécu le déchirement entre les deux pays dont je suis né, j'ai le sentiment d'être un étranger. En danse, je ne peux emprunter à aucune école existante. Il me faut inventer mon langage, une langue « non marquée ».
Heddy Maalem entame alors une longue recherche sur son propre corps. Il se pose des questions simples : comment et pourquoi bouger ? Comment prendre une impulsion au sol ? Comment courir, marcher ? Peu à peu, le style se forme, d'un mouvement qui part du ventre ou du sol, pour percuter l'espace ou le partenaire, sans lyrisme mais non sans esthétisme, un style épuré mais physique.
Sa démarche mise sur le temps, il travaille le corps comme un poète travaille la langue, pour sa matière. Sa volonté de se démarquer de la frénésie ambiante signe une forme de radicalité.

Source : Site de la compagnie Heddy Maalem  (extrait d'un portrait de Dominique Crébassol)

En savoir plus

heddymaalem.com

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