Exquisite Corpse

2012
Année de création : 2012
Déposée par : Numeridanse.tv

Un cadavre exquis pour 58 chorégraphes et 7 danseurs

 
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Exquisite Corpse

Cette pièce est le premier projet que Joanne Leighton a créé pendant son premier mandat à la tête du CCNFCB.

Le Cadavre Exquis, selon le Dictionnaire abrégé du surréalisme, est un : « jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles puissent tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. ». L’idée a été développée par un groupe d’artistes et d’écrivains, Prévert, Tanguy, Breton,...

La première phrase issue de ce jeu fut « Le cadavre exquis boira le vin nouveau » et inspira le nom de ce qui, au départ, n’était qu’un jeu. Depuis lors, ce principe de construction, collective et à l’aveugle, s’est propagé de la littérature et la poésie à toutes les autres formes artistiques, peinture, photographie, etc... via des artistes désormais célèbres, tels Man Ray, Ernst, Miro, Dali,...

On retrouve aussi ce principe dans de nombreuses œuvres multimédia ou transdisciplinaires, dont certaines perdurent à ce jour (par exemple la performance multimedia Synesthesia, présentée annuellement à New York). Par ailleurs, la configuration rhizomique d’Internet a fourni un terrain fertile au développement de cette pratique dans l’art numérique.

Cette création s’inscrit dans la continuité de deux des axes de recherche entrepris par Joanne Leighton depuis plusieurs années : la copie/l’original ; la propriété intellectuelle.

Distribution à la création
Chorégraphie, conception : Joanne Leighton
Avec :  Jérôme Andrieu, Matthieu Bajolet, Marion Carriau,  Marie-Pierre Jaux, Massimo Fusco, Edouard Pelleray et Pauline Simon (distribution à la création).
Regard extérieur : Elodie Bergerault
Création lumières : Maryse Gautier
Musique : Peter Crosbie
Scénographie : Nicolas Floc’h
Costumes : Corine Petitpierre
Production déléguée :CCNFCB
Coproduction : Le Rive Gauche, Scène conventionnée pour la danse - Saint-Etienne-du-Rouvray / Le Granit - Scène nationale de Belfort / La Filature - Scène nationale de Mulhouse.
Avec le soutien de : La Ménagerie de Verre dans le cadre de Studiolab et le Centre National de la danse (Pantin) pour la mise à disposition de leurs studios.

Leighton, Joanne

Joanne Leighton est une chorégraphe Belge d’origine australienne installée en Ile-de-France, dont le parcours est étroitement lié à une vision de la danse originale et évolutive, dans un désir constant de dialogue et d’échange. Sa démarche explore les notions d’espace et de site comme un tout, un commun peuplé de territoires, d’identités, d’espaces interdépendants. Elle propose une ouverture vers un travail sur scène et hors scène où chaque lieu au-delà des frontières, concret ou virtuel et où chaque corps au-delà des individualités, deviennent le champ de l’expérimentation chorégraphique et interpellent la notion du même et de l’autre.

Après avoir dansé au sein de l'Australian Dance Theater (1986–1991), Joanne Leighton s'installe en Europe, d’abord à Londres pendant 2 ans, puis crée sa compagnie Velvet à Bruxelles en 1993, pour œuvrer ses projets chorégraphiques pendant 18 ans. 

Joanne Leighton dirige le Centre Chorégraphique National du Franche-Comté à Belfort entre 2010-2015. Depuis 2015, sa compagnie WLDN, projet et philosophie, est implantée en Ile-de-France. 

Joanne Leighton crée les pièces comme : "Made in... Séries", pièce in situ avec 99 habitants créée dans 20 villes différentes en France, Belgique, Allemagne, Australie et à Cuba ; "Les Modulables", des courtes pièces, aux formats divers, en perpétuelle invention depuis 10 ans ; "Exquisite Corpse", un cadavre exquis pour 57 chorégraphes dansée par 7 danseurs ; "Midori" (2003), solo pour Jérôme Andrieu ; Joanne Leighton et le metteur en scène Christoph Frick cosignent en 2014 le spectacle "Melting Pot" pour 9 jeunes interprètes, tous issus de l’immigration, un échange culturel entre le Theater Freiburg, le CCN de Belfort et le Junges Theater Basel. 

En 2011, Joanne Leighton crée "Les Veilleurs de Belfort" pour 732 participants : une personne chaque matin et une chaque soir veille sur la ville et sa région pendant une heure, au lever et au coucher du soleil, et ainsi de suite pendant 366 jours. Le montage de "Les Veilleurs d’Evreux" est actuellement en cours avec une ouverture prévue pour le 22 septembre 2017 pour Le Tangram, la Scène Nationale d’Evreux. Depuis sa naissance à Belfort en 2011, Les Veilleurs est devenu un projet artistique renommé qui tourne internationalement.

En 2015, Joanne Leighton crée 9000 Pas, sextet dansé sur un parterre de sel sur Drumming, de Steve Reich. En parallèle, elle instaure une pratique de marche performative avec "WALK #1 Belfort-Freiburg", un parcours de 127 kilomètres le long des cours d’eau. En 2016, Joanne Leighton crée "I am sitting in a room", quatuor sur le texte éponyme d’Alvin Lucier, présenté dans la version allemande au Theater Freiburg puis au CCN de Tours pour le festival Tours d’Horizon. La future création, "Songlines" est prévue pour février 2018 dans le cadre de la résidence longue Paris Réseau Danse 2017-2019 pour le Festival Faits d’Hiver.

Pédagogue, internationalement reconnue, Joanne Leighton donne régulièrement des cours et des ateliers. Elle enseigne pour de nombreuses compagnies et CCNs comme pour Jean-Claude Gallotta à Grenoble, Angelin Preljocaj à Aix-en-Provence avec Trisha Brown Company, le CND, les Ateliers Carolyn Carlson, La Batsheva etc. 

Joanne Leighton développe un point de vue singulier en cultivant la notion de « site » dans l’art chorégraphique et diffuse ses pièces dans des espaces « hors les murs » ; soit muséaux, au Guggeneheim à Bilbao, au FRAC Franche-Comté, au FRAC Alsace, au MAMCS de Strasbourg, au Centre Pompidou de Metz, à La Sucrière à Lyon, Les Tanneries - Centre d’art contemporain à Amilly, le Museum für Neue Kunst à Freiburg ; soit urbains tels que la Fabrica de Arte Cubano à La Havane, Cuba, dans des parcs et jardins pour le Festival June Events, sur les toits, comme sur celui de la Chambre des Métiers à Rennes pour "Les Veilleurs de Rennes", dans les souterrains du Fort Mont Bart, aux Salines Royales...

Actuellement en résidence au Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff pour la saison 2016/2017, Joanne Leighton est artiste associée 2015-2017 au Theater Freiburg et en résidence-mission CLEA 2017 à la Briqueterie – CDC du Val de Marne, en partenariat avec la DRAC Ile-de-France et la ville d’Ivry-sur-Seine. WLDN est en résidence longue 2017-2019 Paris Réseau Danse - CDC Atelier de Paris-Carolyn Carlson, l’Etoile du Nord-Scène conventionnée danse, micadanses-ADDP et studio Le Regard du Cygne.

Source: Site de Joanne Leighton / WLDN

En savoir plus

wldn.fr

Exquisite Corpse : Processus

Pour Exquisite Corpse, Joanne Leighton a invité 57 chorégraphes à participer à la construction d’un cadavre exquis.  Elle a créé le premier « cadavre » d’une durée approximative d’une minute afin de débuter le processus et a donné ensuite au premier des 57 chorégraphes les 10 dernières secondes de sa chorégraphie. Cette séquence devint le point de départ de la construction du second « cadavre » d’une minute. Les dix dernières minutes de la composition du second chorégraphe ont été transmises par Joanne Leighton au chorégraphe suivant, et ainsi de suite.

Avant la création, elle était la seule à connaître l’ensemble des chorégraphes associés à la pièce ainsi que l’ensemble des paramètres de composition de Exquisite Corpse. Puisque c’est elle qui adressait à chacun les dix secondes du segment précédent. Toutes les parties furent ensuite assemblées, les phrases s’enchaînant dans l’ordre de leur création, sans rupture. Cette longue séquence composa le matériau d’un solo qui fonctionnait comme une partition chorégraphique, base de départ pour la construction de la pièce pour 7 danseurs. La matière chorégraphique fut reproduite, amplifiée, commentée, mise en miroir dans le travail avec les 7 interprètes. Exquisite Corpse est composé de duos, de sections de « corps » (de ballet) à l’unisson, d’interprétations à plusieurs niveaux – toutes issues du « cadavre » original, partition qui a, par le travail, été réinterprétée.

Cette méthode de composition de Joanne Leighton est assez proche de celle utilisée par la technique de conception musicale « cantus firmus » où une mélodie monophonique préexistante est utilisée pour l’écriture d’une nouvelle conception polyphonique. Dans la forme finalisée de la pièce, ce solo original perdure dans sa structure et s’y inscrit à la manière d’un fil rouge. Ces techniques de déconstruction, de déplacement de formes et de sens, de réagencement sont similaires à celles développées et explicitées par Bernard Tschumi dans son livre « Architecture and Disjunction » : permutation, transformation, combinaison, dérivation, parodie, pastiche, imitation, réduction ou augmentation, distorsion, contamination et substitution.

Le processus de création d’Exquisite Corpse qui interroge la notion de transmission a été engagé de janvier 2011 à avril 2012 laissant à chaque chorégraphe la possibilité de travailler sur son module d’une minute durant 1 semaine. On peut noter une grande diversité de modes de transmission : vidéo, transmission de corps à corps (entre le chorégraphe invité et Joanne Leighton ou directements aux danseurs), partitions, dessins, indications écrites, photos prises seconde après seconde,... Chaque chorégraphe a décidé de quelle manière il transmettait la matière chorégraphique de sa minute à Joanne Leighton. Les références ou traces qui ont nourri leur intervention et leur travail ont fait l’objet d’une installation conçue par Nicolas Floc’h et Joanne Leighton.

Les Traces Exquises ont été présentées au CCNFCB fin de l’année 2011 et sont présentées en lien avec la diffusion de la pièce, comme ce fut le cas au Granit, Scène nationale de Belfort les 10 et 11 mai 2012 lors de la création d’Exquisite Corpse.

Les procédés de création de cette pièce, le « cadavre exquis », sont également utilisés comme thématique des projets conçus dans le cadre du développement de la culture chorégraphique.

 


Exquisite Corpse : Exquises transmissions

Joanne Leighton prépare, avec sept danseurs, la pièce Exquisite Corpse. Celle-ci remet en jeux, et en questions par le geste, la notion d’auteur en danse.

Joanne Leighton ne conçoit pas son art comme une exposition de sa subjectivité, un épanchement de son émotivité. Elle se passionne pour un héritage de la modernité en art, qui porte l’attention sur les formes et leurs structures ; sur les dispositifs qui les permettent, les processus qui les produisent. Captivée par le « comment », plutôt que par le « qui », elle questionne les notions d’auteur, ou d’original d’un « texte » chorégraphique. On pourrait croire – voire craindre – pareille approche comme foncièrement austère. Au contraire, s’ouvrent de multiples dialogues, vivants. Il y a de l’oxygène dans cette manière de s’approcher de la matière chorégraphique.

Le processus d’Exquisite Corpse prend son origine dans la commande passée à cinquante-sept chorégraphes différents, de composer chacun une phrase chorégraphique d’une minute. Pour cela, leur sont fournies les dix dernières secondes de la phrase inventée par le (la) chorégraphe l’ayant précédé dans cette chaîne. A ce stade, on reconnaît parfaitement le principe du Cadavre exquis, que les Surréalistes inventèrent autour de 1925 : mi comme un jeu, mi comme la libération d’une forme autonomisée de l’écriture, affranchie de la vieille figure écrasante de l’auteur en majesté. Dès ce premier stade, la vertu de dialogue de ce processus se manifeste dans les studios du Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort. Les cinquante-sept chorégraphes ont réagi à une sollicitation que leur a adressée Joanne Leighton, elle-même auteur de la toute première phrase. D’eux à elle, c’est une première réponse. L’amorce d’un dialogue. Mais tout autant, ils se répondent entre eux : chacun réagit au geste suspendu ou éteint de son prédécesseur. Puis son successeur dans la chaîne réagira à ses propres dix secondes finales. Second niveau de réponse. Et le dialogue s’enrichit.


La première consultation des documents envoyés par tous les chorégraphes impliqués donne déjà accès à une richesse exceptionnelle. Une minute, c’est très court. C’est condensé, incisif, avec quelque chose de resserré à la lecture. Pour autant, derrière cette brièveté s’entraperçoit l’univers entier d’un artiste, tout vibrant de ses acquis, ses techniques, sa vision du monde et de son art, sa position actuelle dans son parcours. Dans un très vaste paysage évocateur de l’immense diversité de la danse aujourd’hui, Exquisite Corpse trace une ligne ondulatoire de découpe transversale, aux connexions multiples, aux versants chaque fois renouvelés.
L’observation des seuls supports de cette première transmission démultiplie l’effet de variations. Si la plupart des participants en sont passés par l’outil vidéographique, il en est pour avoir préféré une transmission directe, de corps à corps dans un studio. D’autres ont recouru à des partitions écrites selon le système Laban, de notation du mouvement. Une autre use d’un système de notation de son invention, plus actuel, totalement original. Certains préfèrent un montage séquencé de prises photographiques, d’autres un collage d’emprunts graphiques, voire une description de leur composition par les mots.


Pour en revenir à la seule vidéo, les stratégies sont là encore multiples : un document se dédouble en deux cadrages, l’un exclusivement sur le visage, l’autre exclusivement sur les pieds, le reste étant à inventer après visionnage. Certains ont cherché des lieux extraordinaires – la tombe de Dalida... – et d’autres semblent avoir travaillé à l’aide d’un smartphone dans leur cuisine. Tous adjoignent commentaires, journal de bord, mode d’emploi, croquis, traits d’humour, archives, etc. Consulter toute cette matière fait aimer un état actuel, florissant et tonique, peu prévisible, de la danse d’aujourd’hui. Et celui ruine la pauvre idée réductrice qu’on se fait d’un chorégraphe enfermé dans son studio, pour élaborer laborieusement un geste chorégraphié témoignant de son génie ombrageux et solitaire. Tout n’est que stratégies, essais, emprunts, et les implications qui en découlent peuvent se combiner sans fin.


Où l’on revient au processus conduit à Belfort. Joanne Leighton, accompagnée des interprètes de la pièce, doit alors répondre à cette matière proliférante, en même temps que neutre et séquencée. Un travail rigoureux s’engage, de décryptage des phrases collectées, avec un souci maximum de compréhension et de respect de leur forme de base. C’est une première étape de travail. Elle circule entre écrans, lecture des textes, et traduction gestuelle. Trois danseurs se sont responsabilisés, chacun sur une série d’une vingtaine de documents originaux enchaînés. Or chacun des trois a sa manière : l’un aura transmis au groupe l’intégralité indifférenciée de sa série de vingt minutes, quand l’autre y va séquence par séquence en fouillant les détails techniques, et quand enfin le troisième préfère renvoyer tout le groupe à une consultation collective des documents d’origine. Autant de réponses. Autant de dialogues.


Joanne Leighton elle-même choisit sa propre place, réfléchie et mouvante. On  n’est pas ici dans la position conventionnelle du chorégraphe dirigeant une exécution. Il ne s’agit pas de sur-imprimer une appropriation d’auteur en nom propre, sur un processus qu’il faut avant tout garder ouvert. D’autres étapes suivent, où elle alterne présence et espace ouvert proposé aux interprètes à cette étape du travail. Ainsi les interprètes s’impliquent dans l’invention collective de leurs propres réponses à la matière réunie.

Que leur inspire-t-elle, quelles inventions appelle-t-elle, quelles combinaisons autorise-t-elle ?


Cette matière chorégraphique ne ressemble à aucune autre : foisonnante, très diversifiée, richement évocatrice d’un « état de la danse », elle est en même temps fixée en brèves formes arrêtées, vidées d’implications narratives ou émotionnelles, personnelles mais pourtant neutres et d’origines non précisées à la lecture.


Dans Exquisite Corpse, le travail d’improvisation interprétative consiste en commentaires de commentaires, en jeu sur le=jeu. Et le texte chorégraphique semble se générer par sa propre logique, au moment même où il se décrypte. Il échappe à la toute-puissance d’une emprise d’auteur. Pour autant il se charge de toute une richesse créative, tissée dans les approches du plateau, avec leurs incessants échanges.


Là quelque chose s’allège, s’oxygène, sans bouder sa part joyeuse si elle se manifeste. Et tout le processus chemine vers un inconnu de la forme finale, singulièrement indécise, que les participants à ce projet ont pris l’habitude de désigner, entre eux, comme un possible « monstre ».


Gérard Mayen - Février 2012

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Collection Joanne Leighton

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Déposée par : Numeridanse.tv

Joanne Leighton est une chorégraphe belge d’origine australienne dont le parcours est étroitement lié à une vision de la danse originale, dynamique et évolutive, dans un désir constant de dialogue et d’échange. Elle entretient cette philosophie et cet engagement avec l’ensemble de ses danseurs et collaborateurs artistiques. Actuellement, Joanne Leighton compte à son actif une vingtaine de productions chorégraphiques qui ont été programmées et coproduites par des festivals et des théâtres depuis 20 ans notamment en Allemagne, Australie, Belgique, Espagne, France, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas et Royaume-Uni. Joanne Leighton a été directrice du CCNFCB de mai 2010 à février 2015 depuis elle mène ses projets au sein de sa compagnie WLDN.

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