"Sacré printemps !" - Création à la Maison

2014
Année de création : 2014

Un reportage sur la résidence de la compagnie Chatha au Toboggan à Décines : interview des chorégraphes et images de répétitions.

 
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Sacré Printemps ! - Création à la Maison de la Danse

CRÉATION 2014

Un reportage réalisé en octobre 2014 lors de la résidence de création de la compagnie au Toboggan à Décines dans le cadre de la programmation 2014-2015 de la Maison de la Danse.

 

Rencontre avec Aïcha M'Barek et Hafiz Dhaou - Propos recueillis par Gallia Valette-Pilenko, octobre 2014

Comment est née cette pièce ?
Hafiz Dhaou : En fait, on y travaillait déjà quand on a monté "Toi et Moi", notre duo, en 2013.
Aïcha M'Barek : Le duo a été comme un déclic, ou plutôt le levier pour aller ailleurs et traduire ce qu'on avait expérimenté tous les deux sur la masse, parce qu'on aime bien travailler sur la masse corporelle et la masse des danseurs (leur nombre). On cherche leur individualité tout en cherchant un langage commun.
H.D : "Kharbg"a (2011) a marqué un tournant dans notre travail. Il nous est apparu la nécessité de revisiter toute la grammaire que nous avions construite auparavant. On a mis le doigt sur quelque chose qui nous appartient, ce goût du chemin. Ce n'est pas tant le geste dans sa forme qui est important que le cheminement pour y arriver.
A.M'B : Il y a une notion de don, une épreuve qui nécessite de l'engagement. Et puis, on connaît toute l'équipe depuis 14 ans, même si chacun n'a pas dansé toutes les pièces. On va directement à l'essentiel, le mensonge n'est pas possible, le « faire » non plus. C’est l' « être » qui nous intéresse.
H.D : Nous sommes dans un partage très concret, la joie, le souffle, la fatigue... Tout ça peut nous permettre de converger vers un même objectif, d'être un.

Le titre que vous avez choisi, "Sacré printemps!", est à double entrée. La référence au Sacre du printemps, évidemment, et celle, tout aussi évidente, aux Printemps arabes. Pourquoi ?
A. M'B : Pour nous le Sacre du printemps est un tournant dans l'histoire de la danse, mais pas tant dans l'œuvre elle-même que l'onde de choc qu'elle a créée, ce qu'elle a provoqué comme résonances. Nous ne nous identifions pas à la musique elle même mais plutôt à son écriture. Le corps est remis en jeu à chaque fois, comme
dans la partition de Stravinski qui déconstruit ses phrases musicales.
H.D: Sacré, ça évoque aussi tout à la fois la mythologie, le religieux, l'intouchable, quelque chose de pérenne qui dépasse les générations. Et le printemps est synonyme d'espoir même s'il y a aussi un point d'exclamation qui tempère et qui questionne. Nous sommes au milieu de deux mouvements contradictoires, l'espoir d'un jour meilleur et le dogme. La foi dans l'avenir doublée d'une crainte. Comment concilier le sacré et le contemporain ? La Tunisie est une sorte de « laboratoire à ciel ouvert », la « start-up de la démocratie ». Ce qui s'y passe est attentivement scruté par l'ensemble du monde arabe. La société civile en Tunisie a obligé le politique à se positionner.
A.M'B : Cette urgence s'inscrit dans les corps parce qu'elle les conditionne, elle les plonge dans un état d'urgence permanent. Ainsi des gestes de révolte. On met tout en place pour installer les corps dans l'urgence et quand elle
est là, on ne peut plus baisser la garde. Mais nous sommes des témoins, pas des porte-parole. D'où l'importance de la scénographie.

Oui, parlons de cette scénographie constituée de 32 personnages grandeur nature dessinés par Dominique Simon.
A. M'B : En fait, c'est la rencontre avec les cartons peints de Bilal Berrini - zoo project, jeune graffeur franco-algérien, dans les rues de Tunis qui nous a interpellé. Ses figures, des martyrs tombés pendant la Révolution tunisienne se déplaçaient dans la ville de Tunis comme des témoins silencieux. À l'époque, en 2011, nous l'avions rencontré et avions parlé d'un projet ensemble. Quand nous avons voulu reprendre contact avec lui, il avait disparu. Puis, nous avons appris qu'il avait été retrouvé assassiné à Detroit.
H.D: Nous ne voulions pas nous servir de son œuvre, par respect pour lui alors même qu'elle avait motivé en partie cette nouvelle recherche. Nous avons demandé à Dominique Simon, dessinateur, de rendre hommage à son travail, en créant des personnages anonymes, mais aussi connus qui font partie intégrante de la pièce. Des personnages importants pour nous, mais aussi quelques martyrs peints par Bilal et d'autres anonymes. Il a traduit nos intentions à travers ceux que nous avons souhaiter voir figurer avec nous, avec un trait et une lecture
différents. Nous sommes sensibles à son point de vue.
A.M'B : Oui, nous avons exploré les postures du corps, parce que ces témoins silencieux conditionnent l'espace et les mouvements des danseurs, qu'ils imposent leur temps de réflexion et d'ouverture. Leur présence développe
l''imaginaire et ouvre des espaces.
H.D : Le public n'est plus que spectateur et consommateur mais aussi témoin de ce qui se passe. Un dialogue s'instaure entre lui, les figures et les interprètes.

GÉNÉRIQUE

Conception et chorégraphie Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou
Interprètes Stéphanie Pignon, Johanna Mandonnet, Aïcha M’Barek, Amala Dianor, Rolando Rocha, Mohamed Toukabri, Hafiz Dhaou
Création musicale Éric Aldéa et Ivan Chiossone avec la participation de Sonia M’Barek
Illustration Dominique Simon
Création lumière Xavier Lazarini
Régie générale et lumière Sandrine Faure
Régie son Christophe Zurfluh
Poème Horrya – Liberté Auteur Khaled Waghlani Composition, voix Sonia M’Barek
Constructeur Bernard Ledey
Administration et production Simge Gücük

Reportage réalisé par Fabien Plasson

 

M'Barek, Aïcha

Aïcha M'Barek naît dans une famille d'artistes en 1974 à Tunis et dans depuis l'âge de 5 ans. Comme Hafiz Dhaou, elle étudie au Conservatoire de Musique et Danse de Tunis et intègre la compagnie de Syhem Belkhodja (Sybel Ballet Théâtre). En 1995-96, sa rencontre avec Fadhel Jaziri (Fondateur du Nouveau Théâtre Tunisien, auteur, metteur en scène et réalisateur) marquera sa danse.

Dès 1999, elle entame des études cinématographiques à l’IMC (Institut Maghrébin de Cinéma) à Tunis. En 2000, elle obtient une une bourse d’étude de l’Institut Français de Coopération pour suivre les cours du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers où elle rencontre les chorégraphes et pédagogues Dominique Dupuy, Angelin Preljocaj, Joëlle Bouvier etc. En 2001, elle créée au CNDC d’Angers le quatuor "Essanaï" (le créateur). En 2002 elle crée le solo "Le Télégramme", qui puise ses sources dans "l’Amant de Marguerite Duras".

En 2005, elle danse dans "Temps de feu" de la Compagnie Anouskan, dirigée par la chorégraphe Sophie Tabakov. Depuis 2005, elle est titulaire d’un Master des Métiers des Arts et de la Culture (IUP/Université Lyon 2). Elle crée la même année la Compagnie Chatha avec Hafiz Dhaou, réunissant leurs aspirations artistiques.

Sources: Dossier de presse Cie Chatha ("Narcose, 2017) ; Paris Art

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www.chatha.org/fr (site en construction)

 


Dhaou, Hafiz

Hafiz Dhaou est né le 27 juillet 1976 à Tunis. Danseur hip hop, c'est la chorégraphe tunisienne Syhem Belkhodja qui le forme et l'initie à la danse contemporaine en l'intégrant dans sa compagnie (Sybel Ballet Théâtre) dès 1989. Il participe ainsi à de nombreux projets, comme ceux du metteur en scène Fadhel Jaziri lui donnant ainsi l'occasion d'être en contact avec la musique, le chant, la danse populaire, soufi et folklorique.

En 1999, il entame des études cinématographiques à l'IMC (Institut Maghrébin de Cinéma) à Tunis. Cette discipline nourrit et influence beaucoup sa danse. En 2000, il obtient une bourse d'étude de l'Institut Français de Coopération de Tunis pour suivre les cours du Centre National de Danse Contemporaine d'Angers. Durant cette période, naît une étroite collaboration avec la danseuse tunisienne Aïcha M'Barek qui est aussi au CNDC. Ensemble ils initient un travail approfondi sur une gestuelle "qui serait tunisienne".

En 2001, il a créé au CNDC d’Angers le quatuor "Inta Omri" (tu es ma vie), hymne à la diva Om Kalhtoum. 2002, il crée le solo "Zenzena" (le cachot). En 2003-2004, il intègre la formation EX.E.R.CE Centre Nationa Chorégraphique de Montpellier, dirigée par Mathilde Monnier. Il danse pour Abou Lagraa (Compagnie La Baraka) dans "Cutting flat" en 2004 et "Où transe" en 2005. La même année, il est danseur associé au CCN de Caen dirigé par Héla Fattoumi et Eric Lamoureux.

Source: Dossier de presse de la Cie Chatha ("Narcose", 2017) ; Paris Art

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www.chatha.org/fr (site en construction)

Chatha

Direction artistique: Aïcha M'Barek, Hafiz Dhaou

Année de création: 2005

Tous les deux nés à Tunis et vivant à Lyon, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou travaillent et créent ensemble depuis 1995. Parallèlement à leur carrière professionnelle, ils ont développé une approche commune de la composition chorégraphique. En 2004, cela a conduit à créer le duo "Khallini Aïch" (Let Me Live) pour Repérages de Danse, Lille. En 2005, ils fondent la compagnie CHATHA à Lyon et l'année suivante ils créent ensemble leur première pièce de groupe, le quatuor "Khaddem Hazem" (les ouvriers du bassin) et le quintet "Vu" en 2008, présentés à la Biennale de danse de Lyon. Ils déposent leurs valises véritablement à Lyon.

En 2008, invités une nouvelle fois à la Biennale de la Danse de Lyon, ils créent le quintet "VU". En 2009, il crée la pièce "Mon corps est un pays" dans le cadre d'un projet universitaire Franco-Tunisien impliquant pendant une année en aller-retour des étudiants de Grenoble et de Tunis.
En 2010, ils voyagent beaucoup et crée à distance "Kawa solo à deux", interprété par Hafiz. Ils participent au Défilé 2010 de la Biennale de la danse de Lyon et créent "Mon c(h)oeur qui bat" avec 150 habitants de Décines-Meyzieu dans le cadre de leur résidence au Toboggan, Décines. Ils font cette même année la première au Bonlieu Scène Nationale d’Annecy.
En 2011, ils créent "KHARBGA - jeux de pouvoir", une pièce pour six danseurs qui représente un virage dans le travail en tandem.
En 2012 et 2013, Aïcha et Hafiz sont en résidence au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France où ils créent le projet pluridisciplinaire  "TRANSIT" et signent en 2013 la création d’un duo "Toi et Moi".
Pour la saison 2014-2015 Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou sont artistes associés à la Maison de la Danse de Lyon, ils créent "Sacré Printemps !", pièce pour 7 danseurs, hors les murs au Toboggan, Décines. Toujours en 2015, suivant la commande de l’Institut Français de Tunisie, ils développent un projet de formation et de création et mettent en scène leur première pièce de théâtre "la Vie est un Songe" de Caldéron en invitant David Bobée à co-signer la pièce.
En 2016/2017, ils seront présents à Avignon avec "Narcose" création Bonlieu Scène National d’Annecy. Le musée des Beaux-arts de Besançon ainsi que la scène Nationale de Besançon les 2 scènes, invitent les deux chorégraphes et leur équipe à concevoir et mettre en scène un projet participatif autour de la ville, sa population et leur relation avec les œuvres du musée des beaux arts de Besançon. Ils sont également invités par le Kampnaguel pour créer "Ces gens là !" à Hambourg, un projet imaginer autour du grand port de Hambourg.

Source : VIADANSE - Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort

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Maison de la Danse de Lyon

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Dès sa création, la Maison de la Danse a fait preuve d’une conscience patrimoniale en mettant en place une politique de l’image. Une grande partie des spectacles programmés sont filmés, une collection vidéo se constitue et la danse y apparaît dans sa dimension internationale, sous toutes ses formes, genres et styles.

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